La chute d’Uvira, décrite par Jean-Jacques Wondo comme un tournant majeur, a réveillé un vieux souvenir dans la mémoire congolaise : celui de l’AFDL en 1996-1997. L’expert militaire note que l’avancée actuelle du M23, soutenu par l’armée rwandaise, ressemble de plus en plus à ce schéma qui, à l’époque, avait permis à une rébellion appuyée par des forces étrangères de parcourir le pays en quelques mois et de renverser Mobutu. Pour Wondo, Uvira n’est pas une simple ville perdue, mais un verrou stratégique qui saute, exactement comme les premières villes qui étaient tombées il y a près de trente ans. Il explique que l’effondrement de la ligne de défense FARDC-Burundi ouvre maintenant la voie à une progression rapide vers le sud, le centre ou l’ouest du pays, comme ce fut le cas quand l’AFDL avait pris appui sur l’Est pour s’enfoncer profondément dans le territoire congolais.
L’expert montre aussi que le départ probable des troupes burundaises va encore affaiblir les FARDC, qui se retrouvent désormais presque seules, sans alliés solides, avec des Wazalendo et des FDLR incapables d’opérer loin de leurs zones habituelles. Il insiste sur le fait que l’armée congolaise n’a plus de colonne vertébrale : elle est usée, mal organisée, minée par des choix politiques hasardeux et par des purges internes. Wondo rappelle que depuis des années, les réformes essentielles ont été abandonnées, et que le commandement militaire est géré par des proches du pouvoir, parfois sans compétences, ce qui fragilise encore plus sa capacité à résister à une offensive bien coordonnée. Pour lui, c’est exactement ce qui s’était passé au moment de l’AFDL : une armée démoralisée, affaiblie, infiltrée par la corruption et incapable d’arrêter une rébellion soutenue par un voisin puissant. Il souligne que les signaux sont les mêmes : progression rapide du groupe armé, abandon de matériel, villes qui tombent en chaîne, fuite de combattants alliés et manque total de stratégie politique nationale.
Wondo insiste longuement sur le fait que le M23 pourrait trouver de nouveaux soutiens sur son chemin, comme les Bakata Katanga ou certains groupes du Katanga ou du Maniema, tout comme l’AFDL avait su rallier, en 1996, des forces locales opposées à Kinshasa. Il explique que la frustration actuelle dans des zones minières du Lualaba et du Haut-Katanga, où les creuseurs se disent méprisés et maltraités, peut offrir au M23 un vivier de recrutement. Cette capacité de la rébellion à exploiter les frustrations locales est, pour lui, un autre parallèle inquiétant avec l’AFDL qui, à l’époque, avait surfé sur le mécontentement généralisé pour s’étendre rapidement. Il estime que si le M23 continue d’avancer vers le sud ou l’ouest, le risque de voir naître un mouvement de ralliement massif, comme cela s’était produit en 1996, devient très réel. Et dans ce scénario, la route vers Kinshasa pourrait s’ouvrir, car les provinces centrales sont militairement faibles, tout comme elles l’étaient quand l’AFDL avait progressé sans grande résistance.
L’expert met également en garde contre la fatigue de la communauté internationale, ce qu’il appelle la Congofatigue. Selon lui, en 1996, le silence du monde avait permis à l’AFDL et à ses alliés de dérouler leur plan avec une facilité déconcertante. Aujourd’hui encore, dit-il, les réactions sont tardives, hésitantes, ou simplement absentes. Le Rwanda, selon Wondo, le sait très bien et mise sur cette absence de pression pour laisser le M23 consolider ses positions. Ce climat rappelle celui des années 1990 où la communauté internationale, concentrée sur d’autres crises, avait laissé l’Est du Congo basculer sans s’en préoccuper réellement.
Wondo estime enfin que si le pays en est arrivé là, c’est aussi à cause des choix politiques du président Tshisekedi. Il affirme que les nominations basées sur la proximité familiale ou amicale ont affaibli l’armée, et que les secteurs sécuritaires ont été confiés à des personnes qui n’avaient ni compétences militaires ni vision stratégique. C’était aussi l’une des faiblesses du Zaïre de Mobutu avant la chute : un système affaibli de l’intérieur, incapable de résister quand une force extérieure est venue frapper. Il ajoute que tant qu’aucune réforme urgente, sérieuse et profonde n’est engagée, le pays peut revivre exactement le même scénario que dans les années 1996-1997.
Au final, la réflexion de Wondo est simple mais lourde : si rien ne change, la RDC court le risque réel de revivre un AFDL bis. Les signes sont là, les failles sont visibles, et le terrain est favorable à une avancée rapide et brutale, comme l’histoire l’a déjà montré. Pour lui, le pays est à un moment critique, et les autorités doivent comprendre que chaque erreur, chaque ville perdue, chaque retard politique rapproche un peu plus la RDC d’un scénario qu’elle pensait ne plus jamais revoir.








