L’ombre du passé refait surface pour Jean-Pierre Bemba Gombo, actuel ministre congolais des Transports et ancien chef rebelle du Mouvement de libération du Congo (MLC). Alors que la justice française s’apprête à juger Roger Lumbala Tshitenga pour crimes contre l’humanité, le nom de Bemba ressurgit dans les discussions autour de l’opération sanglante baptisée “Effacer le tableau”, menée au début des années 2000 dans l’est du pays.
Du 12 novembre au 19 décembre 2025, la cour d’assises de Paris jugera Roger Lumbala, ancien chef rebelle du RCD-National, pour des atrocités commises au Nord-Kivu et en Ituri entre 2002 et 2003 : massacres, viols de masse, tortures et même cannibalisme. Ce procès, soutenu par TRIAL International, la Fondation Clooney pour la Justice, Justice Plus et Minority Rights Group, mettra en lumière une page parmi les plus sombres de la guerre congolaise.
Mais derrière Lumbala, plusieurs observateurs voient poindre la responsabilité de figures plus influentes, dont Jean-Pierre Bemba, dont les troupes contrôlaient à l’époque une partie du nord-est du pays. Selon les rapports de l’ONU et des archives citées par Le Figaro, les réseaux armés impliqués dans cette opération entretenaient des liens logistiques avec le MLC. Dans les faits, Lumbala dépendait hiérarchiquement de Bemba, alors “chairman” du mouvement rebelle.
Un journaliste du Nord-Kivu estime même que l’affaire pourrait réveiller d’anciennes douleurs :
« C’était lui le vrai commanditaire. Pour mettre fin à l’opération, Mbusa Nyamwisi s’était rendu à Gbadolite, chez Bemba, et non à Isiro où se trouvait Lumbala », explique-t-il.
« Certains officiers du MLC, dont le commandant Fredy Ngalimo accusé de cannibalisme, avaient été brièvement jugés à Gbadolite, mais sans suite réelle.», mentionne le journaliste, ancien d’une radio de Jean-Pierre Bemba à Beni.
Libéré par la Cour pénale internationale en 2018 après dix ans de détention, Jean-Pierre Bemba s’est depuis imposé comme l’un des piliers du régime Tshisekedi. Pourtant, pour certains analystes, cette affaire pourrait de nouveau troubler son image.
« Bemba ferait mieux d’éviter l’Europe pour le moment », confie un observateur basé à Bruxelles. « Le procès Lumbala risque de rouvrir des dossiers sensibles que la CPI n’a jamais complètement refermés. », prévient-il.
À Kinshasa, le ministre n’a pas encore réagi. Mais le retour de ce dossier sur la scène internationale rappelle que, malgré les années passées, les fantômes de la guerre congolaise n’ont pas encore dit leur dernier mot. Jean-Pierre Bemba risque-t-il d’être rattrapé par son passé et subir à nouveau les châtiments de la justice. Attendons voir.








