La récente démission de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale marque un tournant politique majeur en RDC. Si son départ a été salué par certains députés, il retire désormais à beaucoup un prétexte fréquemment brandi pour justifier l’inefficacité parlementaire : « C’était Kamerhe le problème ». Désormais, plus d’excuse. Place au travail, aux résultats.
Le point de vue est de maître Achille Kapanga, un analyste politique congolais. Ce dernier base sa réflexion sur le fait que, depuis plusieurs mois, des voix s’élevaient au sein même de la Chambre basse pour dénoncer ce qu’elles qualifiaient d’ »obstruction » ou de « gestion opaque » du bureau, pointant directement la présidence de Vital Kamerhe. Sa démission, officiellement attribuée à une décision personnelle face aux tensions internes, sonne comme une délivrance pour ses détracteurs. Mais aussi comme un test, soutient l’ancien maître de Beni.
Un terrain dégagé, mais pour quoi faire ?
Pour maître Achille Kapanga, avec Kamerhe hors du jeu institutionnel, les parlementaires de l’Union sacrée se retrouvent seuls face à leurs responsabilités. Ceux qui, jusque-là, se défaussaient de leur manque d’initiatives sur la personnalité de l’ex-président de l’Assemblée sont désormais attendus sur les réformes, le contrôle parlementaire, la production législative et la proximité avec les citoyens.
«Kamerhe n’est plus là. Qu’ils nous montrent maintenant ce qu’ils savent faire. Sinon, on pourra conclure que le problème n’était pas l’homme, mais eux-mêmes», prévient l’analyste politique.
Une Union sacrée à l’épreuve de la cohésion
Au-delà de la simple redistribution des rôles, soutient le juriste, le départ de Kamerhe remet en question la cohésion de l’Union sacrée. En politique comme au football, rappelle-t-il, «on ne se débarrasse pas facilement de ses meilleurs joueurs ». Kamerhe, perçu par plusieurs comme une figure clé du dispositif présidentiel, aurait pu encore jouer un rôle stratégique dans la majorité parlementaire. L’Union sacrée, fragilisée par cette perte, devra prouver qu’elle reste une équipe soudée, capable de livrer des résultats, même sans l’un de ses « grands joueurs ».
Une attente forte de la population
La démission de Vital Kamerhe n’a pas seulement agité la sphère politique ; elle a aussi retenu l’attention de la population congolaise, lassée des querelles internes et des luttes de pouvoir. Pour certains, ce départ ouvre une brèche : celle de l’espoir que les blocages institutionnels, s’il y en avait réellement, cessent enfin.
A ce sujet, maître Achille Kapanga martèle que les citoyens attendent désormais des résultats tangibles : des lois utiles, des actions concrètes contre la vie chère, une implication réelle des députés sur le terrain. La tolérance envers les excuses politiques s’amenuise. Le départ de Kamerhe était, pour certains, une condition ; il ne peut plus être un alibi. Le message est donc clair : que ceux qui réclamaient de l’espace montrent de quoi ils sont capables. Le peuple n’attend pas des discours, mais des changements visibles dans sa vie quotidienne.
La page Kamerhe étant désormais tournée, c’est désormais au Parlement de faire ses preuves. L’histoire politique récente a montré que les accusations et les blocages internes ne sauraient éternellement masquer le vide d’action. En RDC, le temps de la politique spectacle semble avoir fait son temps. Place, enfin, au travail.
Charles M.








