L’émir de l’État du Qatar, Tamim Bin Hamad Al Thani, est arrivé ce vendredi 21 novembre à Kinshasa, accueilli par le président Félix Tshisekedi, après son séjour à Kigali. La visite, présentée officiellement comme un déplacement de travail lié au processus de paix de Doha, a immédiatement attiré l’attention sur le contraste entre la capitale rwandaise, louée pour sa propreté, et un Kinshasa aux allures particulières. Pour beaucoup d’observateurs, l’image renvoyée au premier contact est loin d’être flatteuse pour un pays qui prétend attirer des investissements et jouer un rôle sérieux dans la région.
Sur le terrain, la réalité est sans appel : rues encombrées de déchets, caniveaux obstrués et odeurs persistantes dans plusieurs quartiers. Les récentes pluies diluviennes ont amplifié le tableau en inondant des artères, en dispersant les immondices et en réduisant à néant les efforts consentis lors des campagnes de nettoyage engagées par l’autorité provinciale. À plus de 15 millions d’habitants, Kinshasa souffre d’un problème chronique d’assainissement et d’une gouvernance urbaine qui peine à imposer des solutions durables, au grand dam des Kinois dont des commerçants.
La présence de l’émir dans un tel décor pose une question diplomatique et économique : quelle image retiendra-t-il de son passage ? Le Qatar, engagé dans la médiation entre Kinshasa et le M23, n’est pas seulement un acteur politique mais aussi un partenaire potentiel d’investissements. Or, recevoir un hôte de ce rang au milieu de la boue, de moustiques et d’inondations n’aide pas à rassurer sur la capacité de l’État congolais à gérer l’essentiel, infrastructures, hygiène publique, sécurité sanitaire, des éléments pourtant centraux pour tout investisseur sérieux.
Dans les milieux civils et politiques, la visite suscite un mélange d’embarras et d’indignation. Des habitants et des acteurs de la société civile redoutent que la scène observée par l’émir ne renforce des stéréotypes déjà bien connus : celui d’un État aux priorités autres que l’essentiel, plus souple quand il s’agit de faire des annonces que quand il s’agit de passer aux actions concrètes. Certains craignent même que, de retour à Doha, le dirigeant qatari n’interprète ce spectacle comme le reflet d’un pays incapable de se donner les moyens d’être crédible sur la scène internationale, un handicap pour la médiation et pour toute perspective d’appui économique durable.
Face à ce constat, les autorités congolaises sont mises au pied du mur : au-delà des discours protocolaires, il leur revient de transformer cette image en preuve tangible d’un État capable d’assurer salubrité et propreté. La visite de l’émir offre une opportunité rare et coûteuse de montrer que Kinshasa peut se mettre sortir de la boue. Si rien ne change, c’est toute la stratégie diplomatique et économique du pays qui risque d’être fragilisée par une première impression… et par l’odeur, toujours permanente, des caniveaux et poubelles.








