C’est un geste qui ne passe pas inaperçu sur la scène politique congolaise. En se rendant auprès du secrétaire permanent de la mouvance présidentielle pour solliciter un appui à un poste parlementaire, Christian Mwando Nsimba, député national et cadre d’Ensemble pour la République, a jeté le trouble au sein de son propre camp. Présenté comme l’un des visages les plus structurés de l’opposition parlementaire, le proche de Moïse Katumbi s’est retrouvé au cœur d’une polémique qui relance le débat sur la frontière, de plus en plus floue, entre pouvoir et opposition en République démocratique du Congo.
Les réactions, dans le camp Katumbi, ont été immédiates et virulentes. ,Olivier Kamitatu, porte-parole du leader d’Ensemble, a parlé d’« une honte et d’un déshonneur », estimant que Mwando a renié la ligne politique qu’il était censé défendre. Hervé Diakese, autre cadre du parti, a lui aussi réagi avec fermeté, évoquant « une rhétorique républicaine mise à genoux face à un régime qui n’en est pas un ». Selon lui, ce geste traduit le risque grandissant d’une normalisation de la compromission politique. Quant à Me Laurent Onyemba, il accuse Mwando d’avoir offert au pouvoir un symbole de division au sein de l’opposition.
Dans les coulisses du parti, les langues se délient. Certains voient dans cette démarche la marque d’un pragmatisme mal compris, d’autres y lisent une dérive personnelle nourrie par l’ambition. « Il faut comprendre la pression que subissent certains élus face à une majorité hégémonique », glisse un proche du bureau politique. D’autres, en revanche, y voient une manœuvre calculée pour se repositionner politiquement. Dans un Parlement dominé par l’Union sacrée, plusieurs figures de l’opposition semblent tentées de jouer la carte du rapprochement, quitte à brouiller les repères idéologiques.
Cette controverse n’est pas un incident isolé. Il y a quelques semaines, Christian Mwando avait déjà suscité des interrogations en critiquant vertement la coalition d’opposition formée autour de Joseph Kabila à Nairobi. À l’époque, son ton tranchant avait été perçu comme un refus de voir l’opposition se coaliser en dehors de l’orbite katumbiste. Aujourd’hui, la démarche de Mwando semble confirmer une trajectoire politique singulière, où les lignes partisanes se confondent avec les ambitions individuelles.
Au fond, l’affaire Mwando illustre le flou stratégique qui caractérise l’opposition congolaise depuis les dernières élections. Entre fidélité à une ligne politique et adaptation au rapport de force institutionnel, certains cadres naviguent à vue. Dans ce jeu trouble où les intérêts personnels se mêlent aux discours de principes, Christian Mwando n’est peut-être pas une exception, mais bien le symptôme d’une opposition en quête d’équilibre ou d’un nouveau souffle.








