À Nairobi, au Kenya, un conclave inédit réunit depuis ce mardi 14 octobre, plusieurs figures de l’opposition congolaise autour de Joseph Kabila. L’ancien président, récemment condamné à mort par la justice militaire congolaise, tente visiblement de reprendre la main sur un champ politique fragmenté et dominé par un Félix Tshisekedi plus autoritaire que jamais. Derrière ce rassemblement, une interrogation majeure : les adversaires du régime parviendront-ils enfin à surmonter leurs divisions pour peser face à un pouvoir qui se ferme à tout dialogue ?
Le contexte politique est explosif. En visite à Bruxelles, Félix Tshisekedi a balayé d’un revers de main toute idée de dialogue national, affirmant qu’il n’accepterait de discuter qu’ »après sa mort ». Une déclaration qui a choqué jusque dans son propre camp, tant la situation sécuritaire et économique du pays s’est dégradée. Les territoires de l’Est sont toujours sous la menace du M23 et des ADF, le taux de change est vacillant et la grogne sociale enfle. C’est dans cette atmosphère de tension que Joseph Kabila, depuis Nairobi, tente de fédérer autour de lui un front d’opposition, une initiative aussi ambitieuse que périlleuse.
Autour de lui, des visages connus : Matata Ponyo, Seth Kikuni, Franck Diongo, Néhémie Mwilanya, José Makila ou encore Raymond Tshibanda. Mais de grandes figures manquent à l’appel : Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et même Martin Fayulu, non sollicité, ont pris leurs distances. Ce déséquilibre fragilise d’emblée la crédibilité du conclave. Beaucoup redoutent une récupération politique par Kabila, dont le retour intrigue autant qu’il divise. Certains refusent de se ranger derrière celui qu’ils considèrent comme l’incarnation d’un passé autoritaire, quand d’autres estiment qu’il reste, par son réseau et son influence régionale, le seul capable d’imposer un rapport de force à Tshisekedi.
Le choix de Nairobi n’est d’ailleurs pas anodin : il illustre une tentative de repositionnement régional, au moment où les discussions de Doha patinent. Mais derrière les apparences de concertation, ce conclave révèle aussi les contradictions d’une opposition encore incapable de parler d’une seule voix. Kabila cherche à redevenir un pivot politique, voire un médiateur entre opposition politique et opposition armée, mais sans d’autres principaux leaders, sa démarche risque de rester symbolique.
Pour Tshisekedi, cette dispersion reste un atout. Tant que ses adversaires se regardent en chiens de faïence, il peut continuer à gouverner sans dialogue, persuadé que la division vaut mieux que toute négociation.
En somme, la réunion de Nairobi pose les jalons d’une recomposition possible de l’opposition, mais sans unité stratégique ni leadership consensuel, le projet d’un front commun paraît encore lointain. Joseph Kabila revient, mais l’opposition reste orpheline d’un projet collectif et Tshisekedi, lui, continue de régner seul, fort d’une opposition éclatée qu’il n’a même plus besoin de craindre.








