Le ton est grave et le constat implacable. Dans un communiqué rendu public le 14 octobre à Kinshasa, plusieurs figures emblématiques de la société civile, dont Bienvenu Matumo, Jean-Jacques Lumumba, Patricia Temuni et Palmer Kabeya, signent un texte très sévère contre le régime en place. Par un titre évocateur « Pour le Congo, quittons la surenchère et discutons », ils dénoncent une République démocratique du Congo plongée dans un chaos multiforme : insécurité endémique, effondrement politique, crise économique et sociale, corruption à ciel ouvert et perte totale de repères. Pour ces acteurs, le gouvernement Tshisekedi a failli à sa mission fondamentale, celle de protéger son peuple et préserver l’unité du pays.
Le communiqué peint un tableau sombre d’un État qui se délite sous le poids des violences et des divisions. L’Est du pays, livré aux exactions du M23/AFC et aux massacres des groupes armés, reste hors du contrôle de Kinshasa. Pendant ce temps, les processus diplomatiques initiés à Doha et à Washington n’accouchent d’aucune avancée tangible, tandis que les cessez-le-feu sont systématiquement violés. La société civile y voit la preuve d’une diplomatie brouillonne, où le gouvernement, incapable d’imposer son autorité, se contente de discours et d’annonces. Le Congo, écrivent-ils, se trouve aujourd’hui dans une balkanisation de fait, un constat accablant qui traduit l’échec du pouvoir à sauvegarder la souveraineté nationale.
Mais la critique dépasse le seul champ sécuritaire. Les signataires s’en prennent directement à Félix Tshisekedi, qu’ils accusent de gouverner dans la déconnexion totale d’un peuple épuisé. Détournements de fonds, clientélisme, tribalisme, népotisme, autant de maux qui, selon eux, minent l’État et creusent les inégalités sociales. Le train de vie fastueux des institutions contraste avec la misère d’une population en perte de repères, condamnée à la pauvreté et à l’insalubrité. Dans un climat de peur et de répression politique, le régime Tshisekedi apparaît, aux yeux de ces acteurs, non pas comme un rempart contre la crise, mais comme l’un de ses catalyseurs.
La société civile dénonce également l’indifférence internationale, accusée de regarder le Congo sombrer dans un silence complice. Le conflit à l’Est gagne du terrain, les milices menacent jusque dans les faubourgs de Kinshasa, et la cohésion nationale s’effrite : « C’est l’avenir du Congo, hérité des pères de l’indépendance, qui est en péril », avertissent les auteurs. Ils appellent à la convocation urgente d’assises nationales inclusives, ouvertes à toutes les forces politiques et sociales, pour redonner une orientation républicaine au pays et restaurer la dignité du peuple congolais.
Dans ce texte d’une densité politique rare, la société civile se positionne comme la dernière voix morale face à un pouvoir jugé autiste et insensible. Son appel à « quitter la surenchère et à discuter » sonne comme un ultimatum moral adressé au régime Tshisekedi : soit il s’ouvre au dialogue et à la refondation nationale, soit il portera la responsabilité de la désintégration de la République. Plus qu’un communiqué, c’est un cri de détresse, celui d’un Congo au bord de la rupture, qui cherche encore à croire qu’il n’est pas trop tard pour se relever.








