Le dimanche 12 octobre, à Bruxelles, Félix Tshisekedi a choisi la voie de la provocation politique plutôt que celle de l’apaisement. Devant la communauté congolaise, le président congolais s’est montré inflexible sur la question du dialogue national, refusant toute discussion avec l’opposition tant que cette dernière ne condamnera pas l’agression rwandaise contre la RDC. Dans un ton martial, il a fustigé les “dialogues à répétition” qui, selon lui, ont longtemps servi de pièges politiques et de moyens de déstabilisation. Mais ces déclarations, perçues par plusieurs analystes comme une fuite en avant, interviennent dans un contexte de déséquilibre national profond où la paix, l’économie et la cohésion sociale semblent lui échapper.
En effet, sur le terrain, Félix Tshisekedi ne contrôle plus grand-chose. Les rebelles du M23 dictent leur loi sur deux chefs-lieux de province, pendant que les ADF, dans le Grand Nord, intensifient leurs attaques meurtrières. Dans ce climat d’insécurité quasi-généralisée, les propos du chef de l’État résonnent comme une dissonance. Le peuple, lui, suffoque sous le poids d’une économie en chute libre, marquée par une flambée incontrôlée du dollar américain et la précarité du quotidien. Tandis que les Congolais attendent un sursaut d’unité nationale, le président semble préférer la confrontation politique à la concertation nationale, accentuant ainsi la fracture entre le pouvoir et la société.
Pour nombre d’observateurs, Félix Tshisekedi joue avec le feu. Se présentant comme un “kamikaze politique”, il s’isole davantage à un moment où le pays a besoin de cohésion et non de défiance. Sa phrase “je suis prêt au sacrifice suprême” illustre un ton presque messianique, mais traduit aussi une inquiétante radicalisation du discours présidentiel. Prince Kihangi, ancien député du Nord-Kivu, n’a pas tardé à réagir : “Il n’est pas indiqué pour un chef de l’État de tenir des propos du genre : ‘à moins qu’on me dégomme, qu’on me tue’. C’est inapproprié sur les plans spirituel et psychologique”, a-t-il souligné, appelant le président à “rester dans les limites idéales de la paix pour la RDC”.
Dans un pays où le tissu social est déjà brisé, où la méfiance entre institutions et population s’enracine chaque jour, le rejet catégorique du dialogue risque de devenir le symbole d’un pouvoir sourd et crispé. L’histoire récente de la RDC démontre pourtant que les crises congolaises, aussi profondes soient-elles, ont souvent trouvé issue dans la parole partagée et non dans la surenchère. En se positionnant en « kamikaze politique » à Bruxelles, Félix Tshisekedi semble avoir choisi la posture du défi plutôt que celle du rassemblement, au risque d’alimenter davantage l’incendie qu’il prétend combattre.
Mais au-delà des calculs politiques, c’est l’avenir même de la nation congolaise qui se joue. Car refuser le dialogue dans un contexte aussi explosif, c’est ignorer le cri d’un peuple lassé par les guerres, la misère. Les Congolais attendent un leadership rassembleur, capable de transformer la colère en espoir et non de l’exploiter pour des batailles d’ego. Si Félix Tshisekedi persiste dans cette logique d’isolement politique et de fermeté rigide, il risque de se retrouver seul face à un pays en ruines, miné par la défiance, la pauvreté et la guerre. Or, l’histoire retiendra toujours que les nations se sauvent par la main tendue, pas par le poing fermé. Quoi qu’il en soit, seul l’avenir très proche pourrait trancher.








