Félix Tshisekedi semble s’être pris dans le piège de ses propres contradictions. Celui qui, en 2023, tenait un discours de fermeté extrême à l’égard du Rwanda et de son président Paul Kagame, est aujourd’hui méconnaissable. Lors du 2ᵉ Forum du Global Gateway à Bruxelles ce jeudi 8 octobre, le chef de l’État congolais a surpris le pays entier en tendant la main à son homologue rwandais, lui demandant publiquement de « donner l’ordre aux rebelles du M23 de cesser la guerre ». Une sortie que d’aucuns qualifient de rétropédalage diplomatique, voire d’humiliation politique, tant elle contraste avec la posture belliqueuse qu’il affichait il y a encore quelques mois.
Pour rappel, en pleine campagne électorale, Félix Tshisekedi multipliait les menaces ouvertement guerrières contre Kigali : «À partir de Goma, on peut toucher Kigali », « Kagame ne dormira plus dans sa maison, il s’enfuira en brousse, qu’il arrête de blaguer avec moi », « Je vais changer le régime au Rwanda », ou encore « La moindre escarmouche déclenchera la riposte». Aujourd’hui, le même président affirme n’avoir « jamais été belliqueux » envers le Rwanda, comme si ces propos n’avaient jamais existé. Cette amnésie politique soulève de sérieuses questions sur la constance de sa ligne diplomatique, mais aussi sur la crédibilité de la parole présidentielle. Pire encore, après avoir fait condamner Joseph Kabila pour collusion supposée avec le M23, Tshisekedi semble désormais reconnaître implicitement que le véritable chef du mouvement rebelle n’est autre que Kagame lui-même.
En choisissant de suspendre sa demande de sanctions contre Kigali, le président congolais a, selon plusieurs observateurs, donné l’image d’un homme affaibli, dépassé par la complexité du conflit et en quête d’un salut diplomatique. Pour Delly Sesanga, figure de l’opposition, Tshisekedi incarne désormais « le gâchis et l’inconstance ». « De la moindre escarmouche à ça… tout ça pour ça ! » s’indigne-t-il, dénonçant un président « à géométrie variable » dont les revirements incessants discréditent la RDC sur la scène internationale. Dans les milieux politiques de Kinshasa, certains vont plus loin et estiment que le chef de l’État devrait démissionner, faute d’avoir su tenir la ligne qu’il s’était lui-même imposée : celle d’un Congo fort, maître de son destin.
Au final, le contraste est saisissant : hier, Tshisekedi voulait “faire trembler Kigali”. Aujourd’hui, il implore Kagame devant le monde entier pour obtenir la paix. Une volte-face qui illustre moins une stratégie diplomatique qu’un aveu d’impuissance. Dans ce contexte où le M23 continue de progresser sur le terrain, le président congolais apparaît plus que jamais isolé, ballotté entre la fierté nationale et la réalité de sa faiblesse politique.








