Alors que Kinshasa nourrissait de grands espoirs d’un soutien décisif des États-Unis pour imposer la paix dans l’Est du pays, les récents signaux venus de New York ont douché ces ambitions. En marge de la 80e Assemblée générale de l’ONU, les déclarations de Massad Boulos, envoyé spécial de Donald Trump, ont agi comme un électrochoc : Washington n’a jamais promis un renversement de dynamique militaire au profit de Kinshasa.
La désillusion d’une paix « américaine »
Face à l’échec des mécanismes régionaux comme les processus de Luanda ou de Nairobi, les autorités congolaises espéraient que se tourner vers l’administration Trump relancerait un rapport de force favorable à la RDC, notamment à travers un deal économique assorti de pressions diplomatiques sur Kigali. Mais Boulos a rappelé que les solutions passent par un dialogue national inclusif, impliquant tous les acteurs – y compris l’AFC/M23, ce que Kinshasa refuse jusqu’ici.
Pire encore pour les stratèges congolais : la fameuse rencontre entre Tshisekedi, Kagame et Trump n’a jamais été prévue, contrairement à ce que certains cercles officiels laissaient entendre. La diplomatie congolaise semble s’être construite autour d’illusions diplomatiques, mal interprétant la posture américaine face à la crise.
Washington, Kigali et les réalités de la géopolitique
Pour des analystes avertis, ce tournant n’est pas une surprise. « Qui leur a dit que les États-Unis s’étaient éloignés du Rwanda ? », interroge un expert régional. En effet, le blocage du processus de Luanda est bien connu : Kigali exige que l’AFC/M23 soit reconnu comme partie prenante du dialogue, position que Washington semble désormais endosser, au grand dam de Kinshasa.
Même dans le cadre du deal économique proposé par l’équipe Trump, les États-Unis intègrent le Rwanda comme partenaire stratégique pour l’exploitation des ressources de la RDC. Les signes sont clairs : Washington ne lâche pas Kigali.
Les tensions montent à Kinshasa
Cette désillusion nourrit désormais une méfiance croissante à Kinshasa. Des voix proches du pouvoir s’en prennent ouvertement à Massad Boulos, qu’ils accusent de rouler pour Kigali. Mais pour certains observateurs, ces réactions trahissent l’amateurisme de certains cercles au sommet de l’État.
«Ces aventuriers venus fraîchement de la rue ne comprennent rien à la politique. Tout les surprend, eux et leurs maîtres », tacle un analyste politique. Il souligne que les rouages régionaux et internationaux ne changent pas au gré des désirs politiques d’un régime, et que le leadership congolais semble aveugle face à des évidences stratégiques que beaucoup voient depuis longtemps.
Une paix à réinventer ?
Le rêve d’une paix « imposée par Trump » s’effondre. Pour Kinshasa, l’heure est venue de repenser sa stratégie, de s’ancrer dans une diplomatie lucide et d’éviter les paris sur des soutiens extérieurs incertains. Car même avec un changement d’administration à Washington, les intérêts américains restent constants — et le Rwanda y garde une place stratégique.






