Depuis plusieurs mois, la communication de la présidence de la République était au centre de critiques croissantes, pointée du doigt pour son manque de cohérence, ses silences prolongés face aux crises et des messages souvent déconnectés de la réalité du terrain. Dans les milieux politiques comme dans la société civile, plusieurs voix dénonçaient une communication bâclée, incapable même de protéger l’image du chef de l’État ni d’accompagner efficacement les décisions présidentielles. Le récent passage de l’émir du Qatar à Kinshasa en a été l’une des preuves éloquentes. C’est dans ce climat de pression que Félix Tshisekedi a fini par nommer, le dimanche 23 novembre, Bienvenu Ilambo comme conseiller spécial en matière de communication, à travers une ordonnance lue sur la RTNC.
Selon ce document officiel, Ilambo aura la charge de concevoir, élaborer, mettre en œuvre et évaluer toute la stratégie de communication de la présidence. Sa mission consiste aussi à garantir l’adéquation permanente entre les messages issus du Palais et les priorités nationales. Pour cela, il bénéficie d’un dispositif élargi : 5 assistants, 5chargés d’études, un chargé de mission, un secrétaire particulier, 2 gardes du corps, un secrétaire administratif, 2 opérateurs de saisie, un chargé de courrier et 2 courriers. Le porte-parole du Président, son adjoint et tous les services de communication de la présidence sont désormais placés sous sa supervision directe.
Cette centralisation vise, selon plusieurs sources internes, à mettre fin à une rivalité permanente entre les différents pôles de communication, souvent accusés de travailler en vase clos, de se contredire ou de privilégier des agendas personnels. Depuis le début du second mandat de Félix Tshisekedi, plusieurs messages officiels ont suscité des polémiques, et certaines interventions publiques du chef de l’État ont été jugées mal préparées. Dans ce contexte, la nomination d’un conseiller spécial apparaît comme une tentative de remettre de l’ordre dans une structure sous les feux de critiques.
Mais la nouvelle équipe suscite déjà des interrogations : ce changement sera-t-il suffisant pour réparer ce que beaucoup estiment être un déficit profond? Pour certains analystes, remplacer des têtes ou ajouter un conseiller ne suffira pas si les méthodes de travail, la coordination interne et la discipline institutionnelle ne sont pas revues. D’autres estiment que cette nomination pourrait créer de nouvelles frictions entre les responsables actuels de la communication, déjà fragilisés par les critiques publiques.
Le journaliste Steve Wembi, l’un des plus virulents sur ce dossier, a réagi rapidement. Pour lui, Tshisekedi « choisit de nommer un conseiller spécial plutôt que de remplacer ceux qui n’ont pas réussi ». Dans un commentaire publié sur les réseaux sociaux, il appelle le chef de l’État à revoir l’ensemble du dispositif plutôt que d’ajouter une nouvelle couche hiérarchique. Il va plus loin en exhortant Tshisekedi à consulter l’ex-Première dame Olive Lembe Kabila, dont la communication, dit-il, restait « institutionnelle et en phase avec la réalité congolaise », contrairement à celle de l’équipe actuelle.
Wembi estime également que la communication présidentielle est plombée par la proximité de certains membres de l’équipe avec « des personnes impolies et injurieuses », citant des noms qui, selon lui, défavorisent l’image du Président en renforçant un ton conflictuel et peu professionnel.
Reste à savoir si ce changement sera réellement un tournant ou simplement un réaménagement administratif sans impact concret. Le nouveau conseiller spécial arrive avec une expérience acquise auprès de la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi, mais il devra désormais affronter un environnement plus exigeant, marqué par des rivalités internes, des attentes élevées et un besoin urgent de rétablir la crédibilité de la communication présidentielle.
Pour l’instant, sur le terrain politique, beaucoup attendent des actes concrets : clarté des messages, rapidité des réactions, cohérence stratégique, et surtout une rupture nette avec les improvisations qui ont jusqu’ici caractérisé le système. La balle est désormais dans le camp du nouveau conseiller spécial, chargé de démontrer que ce changement ne sera pas un simple pansement sur une fracture mal soignée.








