La tribune de Steve Mbikayi, intitulée « La limitation des mandats : une bêtise ? », relance un débat explosif sur l’avenir politique de la République démocratique du Congo. Dans ce texte, l’ancien ministre et cadre de l’Union sacrée défend ouvertement la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et propose d’étendre leur durée à sept ans. Présentée comme une réflexion d’intellectuel, cette sortie s’apparente surtout à une offensive politique visant à tester la réaction de l’opinion avant un éventuel projet de révision constitutionnelle favorable au maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de 2028.
L’Union sacrée, coalition au pouvoir, avait déjà laissé transparaître cette tentation depuis plusieurs mois. Plusieurs responsables politiques proches du président ont multiplié les déclarations appelant à adapter la Constitution aux réalités congolaises, sous prétexte de garantir la stabilité du pays. Dans ce contexte, la tribune de Steve Mbikayi tombe à point nommé : elle ouvre la voie à un discours plus assumé, suggérant qu’un chef d’État pourrait gouverner sans limite de temps si le peuple le souhaite. Mais, ce glissement traduit moins une réflexion juridique qu’un positionnement politique stratégique.
Steve Mbikayi ne s’exprime sans doute pas par hasard. Ses tribunes répétées sur la refondation du régime témoignent d’une volonté de se replacer au cœur du jeu politique, en affichant un loyalisme appuyé envers le président Tshisekedi. Son objectif semble clair : séduire le chef de l’État en légitimant publiquement un discours de continuité du pouvoir, dans l’espoir d’en tirer un bénéfice politique futur. Cette approche relève davantage de la stratégie que de la philosophie politique.
Face à cette position constamment défendue par les caciques de l’Union sacrée, les réactions de l’opposition et de la société civile ne se sont jamais fait attendre. Martin Fayulu, Augustin Matata Ponyo, Seth Kikuni, les Kabilistes, les Katumbistes et plusieurs autres figures politiques ont toujours dénoncé une tentative déguisée d’imposer une présidence à vie. Pour eux, toute remise en cause de la limitation des mandats constitue une menace directe pour la démocratie congolaise. Du côté de la société civile, des mouvements citoyens appellent à la vigilance et exigent le respect de la Constitution de 2006, rappelant que le mandat de Félix Tshisekedi doit prendre fin en 2028.
Derrière cette bataille d’idées se cache un enjeu plus profond : la préservation ou non de l’alternance démocratique. En valorisant l’idée d’un pouvoir fort et sans opposition réelle, Steve Mbikayi ouvre un terrain glissant et périlleux où la personnalisation du pouvoir risque de remplacer la logique institutionnelle. Ses propos traduisent aussi une inquiétante banalisation des dérives autoritaires sous couvert de souveraineté nationale.
En définitive, cette tribune ne relève pas simplement du débat intellectuel : elle s’inscrit dans une stratégie politique claire visant à préparer psychologiquement l’opinion à une éventuelle réforme de la Constitution. Si cette idée venait à prospérer, la RDC risquerait de replonger dans les vieux schémas du pouvoir sans limite, au détriment des principes démocratiques chèrement acquis depuis 2006.








