La question de la responsabilité de Félix Tshisekedi dans la crise persistante que traverse la République démocratique du Congo refait surface. Devant la chambre des représentants de Belgique, l’universitaire Erik Kennes a estimé mercredi dernier que « le Rwanda est la moitié du problème dans la guerre dans l’Est de la RDC, l’autre moitié se trouve à Kinshasa ». Selon lui, la racine du malaise congolais ne se limite pas à l’ingérence étrangère, mais découle également d’une crise interne de gouvernance et de légitimité. Cette sortie relance le débat sur la gestion du pouvoir à Kinshasa et sur les conséquences du climat politique tendu depuis les élections de 2018.
Pour plusieurs acteurs politiques et observateurs, la crise de l’Est ne peut être comprise sans examiner les dysfonctionnements du pouvoir central. L’opposition congolaise, qu’elle soit politique ou armée, soutient que Félix Tshisekedi incarne aujourd’hui le problème congolais. Elle estime que son départ pourrait ouvrir la voie à une refondation nationale. Les griefs formulés vont de la crise sécuritaire à l’effondrement économique, en passant par la fracture sociale et la délégitimation institutionnelle. Le chaos électoral de 2023, marqué par des accusations de fraudes massives et un processus jugé opaque, a accentué le sentiment d’exclusion d’une partie de la population et nourri la méfiance envers les institutions.
Dans l’Est du pays, la situation reste dramatique malgré les discours officiels. Les populations locales dénoncent une gouvernance à double vitesse, où les moyens militaires et financiers semblent mal orientés. Pendant que le pouvoir central pointe du doigt Kigali et le soutien du Rwanda au M23, plusieurs voix au sein de la société civile estiment que Kinshasa n’a pas su protéger ses citoyens ni instaurer une véritable cohérence dans sa stratégie de défense.
« On ne peut pas parler de paix durable tant que le pays est miné par la corruption et l’exclusion », soutient un militant basé au Nord-Kivu.
Sur le plan économique, la situation reste tout aussi préoccupante. Malgré les annonces de relance, les détournements de fonds publics, les contrats opaques et les politiques clientélistes continuent d’affaiblir l’État. La gouvernance à deux vitesses dénoncée par plusieurs citoyens traduit un déséquilibre flagrant entre les élites politiques de la capitale et les provinces livrées à elles-mêmes. Cette réalité alimente un sentiment d’abandon et renforce l’idée selon laquelle la crise congolaise n’est pas seulement importée, mais aussi fabriquée à l’intérieur du pays.
Même si, face à ces critiques, le camp présidentiel reste sur la défensive, les proches de Félix Tshisekedi affirmant que le chef de l’État a hérité d’un système fragilisé par des décennies de prédation et qu’il œuvre, malgré les obstacles, à restaurer l’autorité de l’État, pour beaucoup d’observateurs, les promesses de réforme et de moralisation tardent à se traduire dans les faits. Entre l’échec de la coalition FCC-CACH, les tensions au sein de l’Union sacrée et les frustrations d’une population en quête de résultats tangibles, le pouvoir actuel semble à la croisée des chemins.
Alors que la RDC s’enlise dans une crise multidimensionnelle, la déclaration d’Erik Kennes agit comme un miroir brutal. Elle met en lumière une réalité que beaucoup de Congolais perçoivent déjà : la paix et la stabilité ne viendront pas uniquement d’un apaisement avec le Rwanda, mais aussi d’un changement profond dans la gouvernance interne. Tant que la légitimité du pouvoir et la confiance du peuple resteront fragiles, la crise congolaise risque de perdurer, avec ou sans M23.








