Depuis une semaine, le franc congolais semble connaître une embellie spectaculaire. Le dollar américain, longtemps perché autour de 2 900 francs, se négocie désormais entre 2 400 et 2 100 selon les marchés. Une baisse vertigineuse que le nouveau gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, présente comme le fruit de sa stratégie : injection de 50 millions de dollars et baisse du taux directeur. À en croire ses interventions médiatiques, le pari est gagné.
Mais pour Seth Kikuni, président du parti Piste pour l’Émergence, cette performance tient davantage du tour de passe-passe que d’une véritable prouesse économique. “Si c’était si simple, pourquoi son prédécesseur ne l’a-t-il pas fait ?”, s’interroge-t-il. Selon lui, la BCC a simplement puisé dans les réserves du pays, « notre épargne collective », pour donner l’illusion d’un franc fort.
“C’est comme vendre les meubles de la maison pour acheter la provision du mois”, ironise-t-il, craignant déjà la suite : que se passera-t-il quand il n’y aura plus de meuble à vendre, se questionne-t-il.
L’opposant juge en outre incohérente la baisse du taux directeur décidée par la Banque centrale. Dans une économie où l’inflation menace, rendre l’argent moins cher revient à alimenter le feu au lieu de l’éteindre. Cette politique, prévient-il, risque de fragiliser davantage les exportateurs congolais. Car un franc artificiellement fort rend les produits locaux plus coûteux à l’étranger, réduisant la compétitivité d’un secteur déjà à bout de souffle : “Cette victoire monétaire aura ses victimes collatérales”, avertit-il.
Mais le cœur du problème, souligne Kikuni, se situe ailleurs. Les causes structurelles de la faiblesse du franc congolais restent intactes : dépendance massive aux importations, fuites de capitaux, manque d’industrialisation et climat d’insécurité chronique. Autant de plaies que ni les injections de devises ni les ajustements techniques ne peuvent guérir. Ce qu’il faut, insiste-t-il, ce sont des réformes profondes, une gouvernance transparente et une vision économique de long terme. Sans cela, chaque embellie passagère ne fera que préparer une nouvelle crise.
“Nous méritons mieux que cette joie éphémère”, conclut opposant. Pour lui, la force d’une monnaie ne se mesure pas à un taux de change momentanément flatteur, mais à la vigueur réelle de l’économie qui la soutient. Tant que le pays se contentera de manipuler les symptômes sans s’attaquer aux causes, la stabilité du franc congolais restera un mirage. Ce n’est donc pas une victoire que la Banque Centrale célèbre, mais un simple sursis.
Au-delà de l’économie, l’analyse de Kikuni prend la forme d’un appel à la lucidité nationale. Car derrière la question du taux de change se cache celle, plus fondamentale, du modèle de développement que la RDC veut bâtir. Entre une politique de façade et une vision durable, entre la satisfaction immédiate et la construction d’un avenir solide, le choix relève moins de la technocratie que de la volonté politique. Et sur ce terrain, l’opposant estime que le pays n’a plus le luxe de se contenter d’illusions.
Charles Mapinduzi








