Kinshasa vient de franchir un pas décisif. Le 10 octobre 2025, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé officiellement le début de la traque des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Dans un communiqué signé par le général-major Ekenge Bomusa Efomi, l’armée congolaise appelle ces rebelles rwandais à déposer les armes et à se rendre sans condition, sous peine d’un désarmement forcé. Cette annonce intervient dans le cadre de la mise en œuvre de l’ordre opérationnel du Comité conjoint de supervision de l’accord de Washington, signé le 27 juin dernier entre Kinshasa et Kigali, sous médiation américaine.
Pour beaucoup d’observateurs, cette sortie marque un tournant majeur dans un dossier qui piétinait depuis plus de trois mois. En effet, l’un des points d’achoppement de l’accord résidait dans la question des FDLR : Kinshasa exigeait le retrait préalable des troupes rwandaises du Nord-Kivu et Sud-Kivu, tandis que Kigali conditionnait ce retrait à une action concrète de la RDC contre les FDLR, considérés par le régime de Paul Kagame comme une menace existentielle. La publication de ce communiqué sonne donc comme une ouverture vers la levée du blocage et un signal clair adressé à la communauté internationale : Kinshasa semble prête à aller au bout de ses engagements.
Mais au-delà de la symbolique, plusieurs analystes s’interrogent : cette opération marquera-t-elle réellement le début des choses sérieuses ? Sur le terrain, la traque des FDLR reste une entreprise complexe. Ces groupes, disséminés depuis plus de deux décennies dans les forêts du Nord et Sud-Kivu, se sont fondus dans le tissu local, certains collaborant parfois avec des milices communautaires ou même des éléments indisciplinés des FARDC. L’ordre donné d’éviter toute collusion avec les rebelles rwandais montre que l’armée congolaise est consciente du défi interne que représente cette opération.
Toutefois, cette dynamique ouvre une fenêtre d’opportunité pour relancer un dialogue régional plus constructif. Si les FARDC parviennent à affaiblir ou à neutraliser les FDLR sans débordements majeurs, Kinshasa pourrait réclamer en retour le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais, conformément à l’esprit de l’accord de Washington. Ce scénario, encore hypothétique, serait un pas concret vers la restauration de la confiance mutuelle et la réactivation d’une coopération sécuritaire bilatérale longtemps compromise. Mais d’ici là, la RDC devra prouver que sa volonté politique s’accompagne d’une capacité opérationnelle réelle sur le terrain.
Reste à savoir comment Kigali réagira à cette initiative congolaise. Si le Rwanda perçoit cette traque comme un geste sincère et conforme aux engagements pris à Washington, cela pourrait marquer une détente progressive entre les deux pays, ouvrant la voie à des mécanismes conjoints de suivi et d’évaluation. Mais si Kigali y voit une manœuvre de façade ou une opération purement interne, la méfiance risque de perdurer, freinant à nouveau la mise en œuvre effective de l’accord. Le communiqué du 10 octobre apparaît donc comme une première pierre, fragile, certes, mais essentielle, d’un édifice diplomatique encore à construire.
Charles Mapinduzi








