La condamnation à mort de l’ancien président Joseph Kabila par la Haute Cour militaire de Kinshasa dépasse le simple cadre judiciaire. Dans un pays marqué par une crise politique persistante, une insécurité chronique dans l’Est et une précarité sociale grandissante, ce verdict risque de devenir une véritable bombe à retardement.
Certains observateurs rapprochent le cas Kabila de celui de Nicolas Sarkozy, condamné en France. Mais la comparaison est trompeuse. La France évolue dans un environnement démocratique stable où la condamnation d’un ancien président, bien que symboliquement lourde, ne menace pas l’ordre républicain. En RDC, au contraire, le tissu institutionnel est fragile, et la sécurité demeure volatile. La justice ne peut donc être détachée du contexte politique et militaire.
Le risque d’un durcissement de Kabila
Une condamnation de Joseph Kabila, loin de l’affaiblir, pourrait l’acculer à un radicalisme dangereux. Comme le note le journaliste Ambroise Mamba Ntambwe, un Kabila condamné n’aurait plus rien à perdre : sa marge de manœuvre serait celle d’un homme décidé à jouer le tout pour le tout. Cela éloignerait toute perspective de réconciliation nationale et pourrait même plomber les initiatives de désescalade dans l’Est
Par ailleurs, si l’ancien président est effectivement perçu comme le véritable patron de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une condamnation compromettrait les pourparlers en cours à Doha. Déjà accusés d’avancer à pas lents, ces dialogues risqueraient de se transformer en simple façade, sans résultats concrets. Pendant ce temps, les zones occupées par le M23 et ses alliés resteraient sous contrôle rebelle.
Or, le maintien du statu quo sert les intérêts de la coalition RDF/M23/AFC. La restauration de l’autorité de l’État ne semble pas être leur priorité. Pire, un Kabila fragilisé mais déterminé pourrait devenir l’allié tacite de puissances régionales qui, selon Kinshasa, jouent un rôle direct dans l’occupation militaire de l’Est de la RDC. Cela ouvrirait la voie à une dynamique centrifuge, renforçant les risques de partition du pays.
Risque d’un isolement diplomatique
La position des États-Unis, à travers l’émissaire Massad Boulos, n’est plus aussi tranchée en faveur de Kinshasa. Washington privilégie désormais une approche pragmatique où chaque acteur est associé à ses partenaires régionaux. Dans ce jeu d’équilibre, condamner Kabila revient à fragiliser davantage Kinshasa et à renforcer les options géopolitiques de ses voisins.
La sagesse de Sun Tzu rappelle qu’« un ennemi acculé devient désespéré » et qu’il faut toujours lui laisser une porte de sortie. En condamnant Joseph Kabila à mort, Kinshasa prend le risque d’asphyxier un adversaire potentiel et de le pousser vers une résistance sans limite, aux conséquences imprévisibles.
Dans ce contexte et gomme soutiennent les Églises congolaises, il n’est pas trop tard pour réviser le verdict et ouvrir la voie à un dialogue national inclusif. La RDC traverse une crise multidimensionnelle – sécuritaire, politique et sociale – qui ne saurait être résolue par la seule « judiciarisation » des adversaires politiques. Exclure Kabila du jeu, c’est accentuer les fractures. Le maintenir dans une logique de compromis, c’est préserver une chance – aussi mince soit-elle – d’éviter une implosion nationale.








