Créés dans l’urgence pour contrer l’avancée du M23 dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), les Wazalendo, ces milices locales rebaptisées “patriotes”, se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une controverse. Présentés comme un atout stratégique de Kinshasa, ils apparaissent de plus en plus comme un facteur d’instabilité, multipliant les accrochages avec l’armée régulière.
De milices incontrôlées à “patriotes” armés par Kinshasa
Au plus fort de l’offensive du M23 au Nord-Kivu, le gouvernement congolais a fait le pari de s’allier aux groupes armés locaux dits Mai-Mai. Ces combattants, longtemps considérés comme anti-gouvernementaux, ont reçu armes et appui logistique pour rejoindre le front. Rebaptisés Wazalendo — un mot swahili signifiant “patriotes” —, ils se sont engagés aux côtés des FARDC. Malgré leur engagement, les résultats militaires sont restés limités : aucune victoire décisive n’a été enregistrée face au M23. Mais dans l’opinion, leur bravoure a semblé masquer leur passé trouble de milices souvent incontrôlées, accusées de pillages et d’exactions.
Cette alliance dite tactique par Kinshasa a rapidement montré ses limites. Ces derniers jours, les tensions se multiplient entre les Wazalendo et l’armée régulière. À Uvira, dans le Sud-Kivu, ils ont refusé d’accepter un général nommé par le président Félix Tshisekedi, imposant leur propre loi. Dans plusieurs localités du Nord et Sud-Kivu, des échanges de tirs entre FARDC et Wazalendo ont été signalés. Et au Maniema, un accrochage a coûté la vie à cinq personnes en début de semaine.
Ces affrontements illustrent un paradoxe : ceux qui étaient présentés comme des alliés de circonstance se révèlent incapables de s’inscrire durablement dans une logique étatique.
La question se pose désormais avec acuité : les Wazalendo sont-ils de véritables partenaires de l’État congolais, ou plutôt des “ennemis déguisés” profitant du chaos sécuritaire ?
Selon plusieurs analystes, Kinshasa a ouvert une boîte de Pandore en armant des groupes dont la loyauté n’a jamais été garantie. «On ne peut pas construire la paix en institutionnalisant les milices », estime un analyste basé à Goma. «L’armée nationale doit rester le seul outil légitime de défense.», dit-il
Une stratégie risquée pour Kinshasa
En misant sur les Wazalendo, le pouvoir congolais espérait mobiliser un patriotisme populaire face au M23. Mais sur le terrain, la multiplication des foyers de tensions avec l’armée risque de fragiliser davantage la cohésion nationale et d’aggraver l’insécurité.
À long terme, le pari semble dangereux : les armes confiées à ces groupes pourraient se retourner contre l’État, comme l’histoire récente de la RDC l’a déjà montré à maintes reprises.
La montée en puissance des Wazalendo révèle le dilemme sécuritaire congolais : lutter contre une rébellion appuyée de l’extérieur tout en évitant d’armer des acteurs internes qui contestent l’autorité de l’État. Entre alliés précaires et ennemis latents, les Wazalendo incarnent toute l’ambiguïté d’une stratégie militaire de circonstance qui pourrait se transformer en nouvelle menace pour la RDC.








